Cubismes or not cubisme

Publié le 20 février à 17:14
Cubismes or not cubisme

Vous avez appris dans l'article "cubismes" or not cubisme l'évolution du cubisme, maintenant nous allons vous expliquer quelles sont les quatre phases du cubisme. 

La première phase de 1906 à 1908 peut être qualifiée de « pré ou proto-cubiste ».

Les deux protagonistes s’éloignent de leurs influences réciproques : néo-impressionnisme divisionniste de Seurat (celui qui a introduit dans l’instinctive sensibilité des impressionnistes des volontés d’ordre et de rigeur) et fauvisme pour Braque, et postimpressionnisme de Gauguin pour Picasso. La peinture requiert davantage de sculpturalité.

De 1907 à 1909-1910, le cubisme est dit cézannien.

 Quelque soit le lieu où les artistes se trouvent, l’Estaque ou la Roche-Guyon pour l’un, la Rue-des-Bois dans l’Oise ou Horta de Ebro en Espagne pour l’autre, ils reprennent la technique de Cézanne pour créer des passages de plus en plus subtiles d’une forme à une autre et des formes avec le fond. Ils suivent le maître d’Aix dans sa volonté de rendre palpable la sensation optique et de parvenir à une expression de concrétion. Ses déclarations guident leur travail - « traitez la nature par le cylindre, la sphère, le cône, le tout mis en perspective… »- et leurs tableaux ont une structure charpentée et sans anecdote.

La troisième phase, de 1910-1911 à 1912, est nommée analytique.

 Les formes plus angulaires s’interpénètrent davantage, vont vers un éclatement à la limite du lisible et solidifient la totalité de l’espace pictural. Une grisaille en clair-obscur envahit les couleurs sourdes de la période précédente. La technique nie la volumétrie habituelle du modèle au profit d’une modulation continue. La perspective monofocale concave traditionnelle est remplacée par une convexité et de multiples points de vue. Des signes apparaissent pour donner de nouvelles manières d’identité aux choses et aux êtres et engendrer de nouvelles associations.

Enfin, la quatrième période, de 1911-1912 à 1914, est appelée synthétique.

C’est à la fin de la période précédente qu’apparaissent d’autres modes de référence au réel non peint. La lettre, écriture ou son peut remplacer le code plastique, se superposer ou se substituer à celui-ci. En été 1912, les deux amis sont à Sorgues dans le Vaucluse. Ils vont à Marseille où ils achètent des œuvres nègres. Braque continue à réaliser des sculptures en papier et invente le procédé du papier collé. Picasso le suit.

Les papiers découpés deviennent à la fois espace, signe, forme, couleur et matière. Une peinture de matériaux, comme l’imitation du faux bois, peut recouvrir des parties de la texture de la toile et des objets. Picasso déclarera beaucoup plus tard : « Nous avons essayé de nous débarrasser du trompe-l’œil pour trouver le trompe-l’esprit ». 

Les  peintres adoptent souvent le format ovale, forme de naissance où des couleurs vives réapparaissent. Les mots, les couleurs, les matières semblent être des ellipses synthétiques, allogènes à la peinture, pour traduire ou maintenir la réalité et ne pas tomber dans l’abstraction. L’introduction de papiers-collés pousse la peinture vers un état de relief, puis de construction d’un nouvel objet, un « tableau-objet » comme en conclut Kahnweiler.

Braque et Picasso ont radicalement transformé la peinture, la faisant correspondre avec les transformations industrielles, de nouvelles communications, de nouvelles technologies (photographie, cinéma, phonographe, train…) et un nouvel espace-temps plus rapide et plus mobile que l’ancien. La destruction cubiste de l’objet est aussi bien une réappropriation où se fondent la perception et l’objet.

Les deux artistes ne sont pas partis de théories et ce n’est que beaucoup plus tard qu’ils accepteront de donner un sens au mot cubiste. Picasso dira « Quand nous avons fait du cubisme,nous n’avions aucune idée de faire du cubisme, mais d’exprimer ce qui était en nous. » 

Braque énoncera clairement quelle était la direction maîtresse du cubisme selon lui, « la matérialisation de cet espace nouveau que je sentais ». Il a rendu la tactilité de la chose comme de l’espace et il déclare : « Je ne peins pas les choses, je peins les rapports entre les choses ». Cela peut se rapprocher de la déclaration de Picasso par laquelle il montre le dépassement de la définition des choses par le langage au profit des analogies, des métamorphoses qui peuvent exister par elles : «  Que je peigne une guitare ou une femme, c’est la même chose ».

Entre 1910 et 1912, de nombreux artistes sont influencés par Picasso et Braque. Certains vont engager leurs œuvres dans des directions originales et d’autres vont formuler des théories cubistes qui s’éloignent de l’esprit d’origine.

A voir aussi Méthode des grands Maîtres