Miró sculpteur retrouve Paris au musée Maillol

Publié le 09 mai à 14:12
 Miró, le peintre “jardinier"

Jusqu’au 31 juillet 2001 et pour la première fois depuis près de 40 ans, Paris reçoit le Miró sculpteur. 101 sculptures, 22 céramiques, 19 oeuvres sur papier et 1 peinture, qui proviennent en grande partie de la Fondation Maeght, sont réunis au musée Maillol. Un véritable événement qui remet en scène et en lumière le génie du catalan où formes et couleurs écrivent la poésie d’un autre monde, un jardin sans cesse transformé et métamorphosé. Un “jardin” fantastique, tour à tour vertigineux, étourdissant, provocateur et souvent drôle où Pébéo aime à se promener… et à vous inviter ! Petite balade…

La peinture de Miró est d’abord une “re-création” permanente

C’est le cas déjà dans ses sculptures qu’on voit au musée Maillol,  colorisées pour les rendre moins graves, moins lourdes comme son ami Calder. En fait, il pratiquait la sculpture avec de la peinture. Il réalisait les objets, les associait, les coulait en bronze puis rajoutait dessus de la couleur.

D’ailleurs, dès 1930 à l’âge de 37 ans, il déclare qu’il veut assassiner la peinture, la détruire pour qu’elle renaisse ; “un crime positif”, dit-il. Pour cette raison, il est fasciné par les vieux murs. Ses fameuses Constellations, peintes entre 1939 et 1941, il les appelle des “tableaux muraux de poche”. La peinture est pour lui un mur et un ciel comme chez Léonard, de Staël ou Tapies.

Il veut trouver “des matières de fresques”, comme ses ancêtres les peintres romans catalans ou les décorateurs de mur qui réalisaient des esgrafiats (graffitis). Alors, il torture ses toiles… Il les plie, les presse, les frotte avec une brosse en chiendent puis passe la peinture avec des poignées de paille pour que la peinture ait cet aspect abîmé, vieilli… et donc vivant !

Pour la même raison, il essaye tous les supports (toile de jute, cellulose, ciment), multiplie les techniques (céramique, mur, gravure, sculpture avec des objets récupérés), transforme des pommes de terre en personnages, des galets en étoiles, des escargots en forme sexuelles humaines… Sa peinture est une véritable chimie des éléments, une chimie organique, un biomorphisme.

Dans ce sens, l’art de Miró comme celui de son aîné Picasso, peut être comparé à une activité d’enfant qui joue avec n’importe quoi. Au résultat, sa peinture est très accessible y compris pour les enfants qui s’en amusent !

 L’œuvre de Miró est également riche d’une dimension militante et même politique

Il se révolte contre toute répression, toute régression, contre tout ce qui entrave la liberté. Il lutte contre le fascisme, il a été révolté contre la spéculation financière dans le domaine artistique. “Je ne suis pas une viande à bouffer”, lance-t-il.  Au début des années 70, il a même brûlé le centre de certaines de ses toiles pour dire “M…” à tous ceux qui affirmaient que ses toiles valaient une fortune.

Car Miro honore d’abord le spectateur. Il veut que son regard découvre du neuf à chaque fois, que le tableau soit des étincelles du vivant. Il cherche à donner d’emblée un coup entre les yeux du spectateur, à le frapper avant qu’il ait des pensées parasites.

 D’où le soin qu’il apporte à ses titres, souvent en français, langue choisie pour la réflexion et le travail intellectuel.Ces titres indiquent la plupart du temps des transformations, des métamorphoses, un processus biologique. “Je veux que mon tableau soit un poème mis en musique par un peintre”, explique-t-il. 

Exemples : “Les éclats du soleil blessent les étoiles tardives” ou “Une goutte de rosée tombant de l'aile d'un oiseau réveille Rosalie endormie à l'ombre d'une toile d'araignée.”

Témoin symbolique de ce goût engagé pour la métamorphose : son propre nom. Il évoque celui des chiens en catalan et dans d’autres langues (le chien de chasse Miraut) mais aussi la mirette (outil du sculpteur). Il veut également dire avec l’accent tonique sur la dernière syllabe “j’ai vu” ou, sans accent, “je vois”.  Ainsi, Miró est-il l’homme qui voit comme un chien à la campagne, par son art en apesanteur tout en humour…

Miro tente de dépasser les aspects les plus tragiques de son tempérament de la politique et de la vie.