Feng Zheng Jie, de couleurs en confidences

Feng Zheng Jie, de couleurs en confidences

L’œuvre de Feng Zheng Jie colorée, sulfureuse, percutante, unique… Certains diront même provocante ! Mais de quoi ces toiles de peinture sont elles réellement empreintes ? Confidences d’artiste…

Pébéo : Il existe dans vos œuvres une confrontation très nette entre tradition et modernité. D’où vient-elle ?

Feng Zheng Jie : Dans mes travaux, deux éléments m'influencent : le dessin folklorique chinois traditionnel et la publicité moderne. Le premier vient de mon enfance. Lorsqu’arrivait le festival du printemps, toutes les familles  achetaient des dessins folkloriques vifs et lumineux pour décorer les maisons. J'appréciais beaucoup ce style d’art. Plusieurs de mes idées en proviennent très certainement. Quant à la publicité moderne, elle suit la mode et est très impressionnante. J’aime essayer de créer une jonction entre ces deux oppositions.

Pébéo : Vos portraits rappellent les Marilyn de Andy Warhol, pouvez vous nous en dire plus ?

Feng Zheng Jie : Marilyn Monroe est l'un de mes modèles. J’aime peindre des célébrités et vedettes de cinéma. L’élément crucial dans le choix de mes inspirations est la beauté.Il est donc normal que le public opère une telle association. 

Pébéo : Des femmes, des femmes et encore des femmes ! Pensez-vous un jour changer de Muse ?

Feng Zheng Jie : En fait, je n'ai pas choisi ce sujet intentionnellement. Ce sont mes émotions qui m’y ont conduit. Je suis très à l'aise lorsque je peins des femmes (rire). Alors, je vais continuer à suivre mes émotions en peignant des images féminines.

Pébéo : Qu’évoquent ces regards obliques dans toutes vos œuvres ?

Feng Zheng Jie : C'est le sens du mouvement des regards. En Chine, je ressens un état d'esprit ; un état d’esprit où on veut tout voir. Vous savez, dans son processus d'ouverture, le peuple chinois a vu de plus en plus de nouvelles choses. Ils sont devenus curieux et avides de connaître, d'observer, d'absorber. Cette curiosité est très forte pour tous les Chinois. En même temps, toutes ces nouveautés finissent par les étourdir et ils se demandent comment s’y prendre pour faire des choix. Ainsi, face à l'ouverture de cette société et à l'environnement, les chinois sont dans une situation où curiosité et perplexité coexistent. C'est le message que je veux faire passer avec les globes oculaires qui regardent dans deux directions différentes. 

Pébéo : Les couleurs que vous utilisez paraissent presque irréelles. Quelles sont vos techniques pour donner du volume, de la lumière, du relief à votre palette de couleurs ? 

Feng Zheng Jie : Les couleurs vives sont mes préférées parce que je les trouve expressives et tendues : chargées de significations. En les utilisant, j'espère exprimer avec force mes idées et mes sentiments. Et aussi mon ressenti face à cette société. Je choisi surtout le rouge, le vert et le blanc. On croit que j’applique des couleurs fluorescentes mais ce n’est pas le cas. Sur le plan technique, je mélange les couleurs de la manière la plus simple et la plus traditionnelle. L’effet fluo est créé par le fort contraste entre les couleurs.  

 

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Pébéo : Dans ce travail autour des couleurs, que proposez vous à un fabricant de couleur ?

Feng Zheng Jie : A ma connaissance, Pébéo est le premier fabricant de peintures qui ait développé au sein de son activité un “service aux artistes”. C’est un très grand avantage. Je crois que je vais trouver des solutions à mes questions. Pébéo m'apporte beaucoup d’espoir. Ses principaux points forts touchent la qualité du produit, la pureté des couleurs, la résistance à la lumière et la stabilité.J’en sais quelque chose puisque j’utilise fréquemment la couleur “Rouge rose”, qui est ordinairement plutôt fugace, conserve difficilement ses caractéristiques et résiste mal à la lumière.

Pébéo : Beaucoup pensent que la critique et la provocation se cachent dans vos toiles. Qu’en pensez-vous ? 

Feng Zheng Jie : Peut être ! Mais plus modestement, je tente surtout de trouver un moyen d’exprimer mes émotions, pas de critiquer, ou d’être provocateur. Derrière ces images de femmes dans mes œuvres, on peut trouver d’abord de l’émotion mais aussi des formes de critique, de provocation, d’introspection… Une nouvelle compréhension du monde. Car je suis une personne qui vit dans ce pays et en ce moment. D'une part, les gens observent un monde nouveau qui a beaucoup changé. Par exemple, ils peuvent acquérir des connaissances au contact de ces nouveautés, améliorer leur qualité de vie et avoir plus de chances de s’épanouir. C’est positif.D'autre part, ce nouveau monde apporte aussi des changements, non seulement dans le matériel mais aussi dans les jugements de valeur. Par exemple, des sentiments d'anxiété face à une matérialisation extrême. C’est négatif.Mon point de vue est comme une pièce de monnaie avec ses deux côtés.Mes œuvres transmettent un état d’esprit : la curiosité et la perplexité d’où un conflit entre les deux. 

Pébéo : Les cercles d’art vous considèrent comme un pionnier de la peinture Kitsch. Etes-vous d’accord ? 

Feng Zheng Jie : Ce commentaire existe depuis plus de 10 ans. Kitsch, c'est une sorte de compréhension. Je pense que c’est raisonnable dans une certaine mesure. Mais, lorsque je peins je ne me demande pas si c’est Kitsch. Les cercles d’art portent peut-être ces jugements à mon égard, mais ce n’est pas la raison pour laquelle je choisis des couleurs vives. Ma règle est de suivre mes émotions qui m’amènent à peindre avec mes couleurs, mon style et mes sujets. 

Pébéo : Allez-vous continuer avec le style Kitsch? 

Feng Zheng Jie : Je ne sais pas. Je changerai lorsque mon émotion actuelle ne sera plus présente ou lorsque de idées nouvelles feront surface. Pour un artiste, l'inspiration n’est pas fixe, elle coule, elle arrive naturellement. Quand j’ai de l’inspiration, je chercher la façon de l’exprimer, de la partager. Ma peinture est décidée par l’objet qui l’habite.Pour être franc, les couleurs vives et lumineuses sont mes préférées : je suis né avec ! Si cela change ce sera un choc renversant (rires) ! Bien sûr, je ne m’y enfermerai pas. 

Pébéo : En 2011, avez-vous prévu des expositions? 

Feng Zheng Jie : Des expositions itinérantes et en solo sont en préparation. Mais le moment et les lieux seront décidés lorsque mes nouvelles œuvres seront terminées. 

Pébéo : Pour finir pourriez-vous nous confier quelle expérience a eu le plus d’influence sur vos créations ? 

Feng Zheng Jie : C’est difficile à dire… Toutes les expériences sont importantes. J’ai des souvenirs à tous les stades. Certains sont beaux, d’autres sont difficiles. Le processus de répondre à un désir ou d’atteindre un objectif est toujours compliqué. Mais, une fois que vous l'avez expérimenté vous vous sentez satisfait. Je n'oublierai jamais la période de mes études en Arts au collège de Sichuan. C’est de là que viennent mes connaissances et ma compréhension des arts. 

Pébéo : Pour vous, quelles qualités sont indispensables pour un artiste

Feng Zheng Jie : En fait j’en vois quatre : sensibilité, fidélité, indépendance et esprit libre.



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